"Trois flics s'avancent vers moi. Il est 16h30, je roule dans les souterrains des Halles de Châtelet, mon sac photo sur mon dos, un sac plastique à la main. Je pense que les premiers mots du plus grand des trois ont été un truc du genre " vous allez nous suivre ", mais la musique à fond dans mes oreilles et le temps que je coupe le son de mon iPod, je bafouille un :
- Bonjour ?
- Vous m'avez très bien entendu Monsieur, vous allez nous suivre tout de suite. (pendant que je me retourne et commence à les suivre, un des agents me pousse dans le dos, je trébuche un peu).
- Oh ça va, pas la peine de me pousser, on est pressé ?
- Vous allez nous parler autrement dans 5 minutes, c'est moi qui vous le dit, s'exclame un des trois, l'air content. Je ne réponds pas à ces sales menaces, je connais trop bien les services de police pour savoir à quel point ces gens là peuvent être des cons, et ce soir j'ai envie de rentrer chez moi sans encombre.
Ils m'emmène à l'abris des regards, dans une pièces dont ils ont la clé. L'endroit est faiblement éclairée, et ne contient pas le moindre mobilier ou accessoire.
- Vous posez vos affaires par terre, on va examiner ça et pendant ce temps là vous mettez les mains contre le mur et vous la fermez.
Deux des agents me regardent de près comme si j'étais un spécimen rare d'insecte, prêt à m'envoler... Un autre commence à me questionner à multiples reprises pour savoir si j'ai du shit ou de l'herbe sur moi, ou bien encore une arme ou quelque chose comme ça. Bizarrement, les trois en semblent persuadés.
- Non non, j'ai rien du tout, je ne fume pas même des cigarettes.
- Vous en êtes bien sûr ? me lance le plus grand des agents d'un air amusé.
- Bien entendu, je sais encore ce que j'ai sur moi et ce que j'ai pas, vous pouvez fouiller.
- Qu'est ce que vous avez dans votre gros sac là ?
- Des appareils photos, des vêtements, et des affaires persos...
Ils fouillent mon sac de fond en comble, me demandent de retirer mes chaussures et chaussettes, me palpent de la tête au pieds, et relèvent mes papiers d'identité, qu'un d'entre eux énumère en langage moitié codé militaire au talkie walkie.
- Vous avez un casier judiciaire monsieur ? me demande un qui n'avait pas encore parlé.
- Je ne sais pas, je ne pense pas mais j'ai déjà fait de la garde à vue une fois.
- Aaahhh bah voilà ! Et pour quelles raisons ?
- J'ai fait du skate à Amiens un soir, et c'est interdit apparemment.
- C'est impossible, vous moquez pas de nous, on fait pas de la garde à vue parce qu'on fait du skate dans la rue.
- ... Ben écoutez, je suis resté 11h en cellule pour ça.
Le policier au talkie walkie blablate un bon moment avant d'annoncer à son collègue, le sourire aux lèvres :
- Il a bien fait de la garde à vue, parce qu'il faisait de la planche le soir, dans les rues, il a bien un casier.
- Et ben vous voyez, je suis pas un menteur.
- Vous n'allez pas nous apprendre notre métier Monsieur. Si vous êtes là c'est parce que vous savez très bien que Châtelet c'est pas un skatepark ! OK ?
Les 5 minutes qui ont suivi ont été consacré par les trois flics à se foutre de ma gueule parce que j'avais fait de la garde à vue pour du skateboard...
- C'est vrai que c'est drôle, surtout que vous m'avez arrêté aujourd'hui pour la même raison...
- Vous voulez qu'on vous emmène au poste Monsieur ?
- Ben non, j'ai envie de rentrer chez moi, j'ai pas de shit, pas d'arme, j'ai encore tué personne à ce que je sache...
- Oh oh oh ! On se calme là !
J'ai eu droit à la morale, comme quoi ça servait à rien de maudire les policiers, qu'ils faisaient juste leur travail et qu'ils étaient là pour la sécurité des gens. Je trouve ça assez amusant leur manière de voir les choses, surtout compte tenu de leur façon d'exercer leur métier. Je leur rétorque que :
- C'est justement amusant ce que vous me dites, hier je me suis fait agressé, à un moment je me suis retrouvé au sol à me prendre des coups de pieds en plein visage par deux types. Voyez, j'ai la lèvre éclattée. Vos collègues sont arrivés, m'ont dit qu'ils connaissaient les types, et que la BAC sécurisait la gare (où je me suis fait agresser) pour que je puisse prendre mon train et rentrer chez moi. Arrivé à la gare, personne à part mes agresseurs, qui n'attendaient que moi bien entendu. Résultat, j'ai marché une heure et demi à travers la forêt pour rejoindre l'arrêt de RER suivant, mon sac sur mon dos, complètement crevé. C'est ça la sécurité ? Tout ce que votre collègue m'a dit, c'est que j'étais une victime si je portais pas plainte. Moi les plaintes, j'en ai rien à foutre, je sais très bien qu'au tribunal, les types se plaignent, que la banlieue c'est dur, et qu'au final ils en ressortent comme ils sont rentrés, pas plus condamnés...
Là l'agent me répond :
- Mais oui votre vie elle est dure, c'est ça, allez, on est pas là pour vous entendre vous plaindre, on a du boulot, nous... "